INTRODUCTION

Depuis la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement ou « sommet de la terre » à Rio au Brésil en 1992 et l'apparition du concept de « biodiversité », beaucoup d'États industrialisés pratiquant l'agriculture intensive ont pris conscience de l'importance de la préservation de l'environnement, et se sont engagés à "écologiser" leurs agricultures. C'est ainsi que l'Union Européenne a mis en place la politique agricole commune (PAC), en 1992, qui a pour but de concilier développement durable et agriculture en réduisant les effets néfastes sur l'environnement. Pour cela, d'importantes sommes d'argent (16 milliards d'euros en 1996) sont attribuées sous forme de subventions aux agriculteurs en compensation du manque à gagner : c'est le concept de "cross-compliance" (Kalb et Kraus, 1997). L'évaluation des critères d'attributions se juge, entre autres, sur des critères environnementaux compatibles avec le développement de la diversité des espèces et de la diversité des paysages tels que : la présence d'arbres et de haies, l'entretien des bordures de terrain, les cultures de rotations, etc. Ainsi, les agriculteurs doivent-ils procéder à une "hétérogénéisation" des espaces dévolus à leurs terroirs agricoles, trop souvent homogènes et peu favorables au maintien et à l'évolution de la biodiversité. Les campagnes de reboisements et de réhabilitation des haies au milieu des champs se succèdent donc dans tous les pays du Nord avec tous les désagréments que cela implique.

En effet, par exemple, les politiques agricoles peuvent ignorer certains aspects tels que la diversité préexistante, et peuvent introduire des espèces allochtones à croissance rapide, voire envahissantes, et donc susceptibles de poser des problèmes.

En France par exemple, une campagne de réhabilitation du bocage normand a été entreprise alors qu'on incitait, il y a quelques années, les agriculteurs à agrandir leurs exploitations et à détruire leurs haies, par incompatibilité avec la mécanisation.

Dans les pays du Sud, on pourrait assister au processus inverse, à savoir une intensification de l'agriculture à l'instar des pays industrialisés. L'intensification des agricultures tropicales se met en place par le concours des autorités locales et des opérateurs de développements qui proposent des solutions et techniques issues de l'agriculture moderne (Rossi, 1999), malheureusement inadaptées aux réalités locales.

En effet, les paysans des pays tropicaux (en particulier dans les zones forestières) pratiquent depuis des milliers d'années une agriculture extensive, écologique et durable, souvent dénigrée par les pays industrialisés qui considèrent que l'agriculture ne peut être le fruit que d'une « révolution agricole néolithique fondée sur la domestication des céréales au Moyen-orient » (Rossi, 1999). Ce déni vient souvent d'une méconnaissance des pratiques utilisées dans les pays tropicaux. En effet, les recherches actuelles montrent que de nombreux savoirs et pratiques de gestions traditionnelles respectent le rythme de reproduction des espèces comme c'est le cas en Indonésie avec les pratiques agroforestières (Michon et Bompart, 1987; Michon et al., 1995) ou au Cameroun avec l'agriculture itinérante sur brûlis (Dounias, 1993 ; Carrière, 2004). À Madagascar, les pratiques paysannes sont encore mal connues, et aujourd'hui, on cherche en particulier à connaître leur rôle sur la dégradation forestière qui s'est dans certaines régions considérablement accentuée.

En effet, sachant que prés de 80% de la faune malgache est inféodée au milieu forestier (Lourenço W.R., 1996), la conservation des forêts malgaches constitue un point clef dans le contexte de conservation de la biodiversité internationale car le taux d'endémisme et la diversité spécifique y sont très élevés et sont gravement menacés. Pour illustrer l'intérêt que porte la communauté internationale pour la conservation de la biodiversité de cette île, voici un exemple : Conservation International (ONG internationale) classe Madagascar au cinquième rang des 17 "Global Biodiversity Hotspots", la plaçant ainsi dans la catégorie des B7, c'est-à-dire "les 7 pays les plus importants en terme de conservation de la biodiversité et dont le poids écologique est comparable au poids économique du G7" (cf. http://www.conservation.org/)

Une partie de la forêt ancienne malgache reste préservée dans la région de Fianarantsoa (Goodman et Razafindratsita, 2001). Elle se présente sous la forme d'un corridor forestier plus ou moins large, orienté Nord-Sud, de 150 km de long reliant les Parcs Nationaux de Ranomafana, d'Andringitra avec la Réserve spéciale du Pic d'Ivohibe (Figure 2). Dans le contexte de réduction importante du couvert végétal, ce corridor représente un espoir de survie à long terme des populations animales des deux parcs car il formerait un système écologique important qui permettrait le flux de gènes entre les deux parcs.

Autour de ce corridor, vivent trois communautés : les Betsileo, les Zafimaniry et les Tanala. Tous pratiquent la riziculture irriguée dans les bas fonds associée à une agriculture sur brûlis sur les pentes, mais leurs spécificités agraires, les dynamiques de fragmentations dues aux activités agricoles, ainsi que les potentialités de régénération forestière sont très mal connues.

Le programme Gestion des Espaces Ruraux et Environnement à Madagascar (GEREM-Fianarantsoa) a été mis en place par l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et le Centre National de Recherche sur l'Environnement (CNRE) en 2003, afin d'étudier, au plan agronomique et au plan écologique, les pratiques agricoles des Betsileo vivant à l'Ouest de la lisière du corridor et des Tanala vivant à l'Est, et d'en évaluer leurs rôles sur les dynamiques écologiques telles que la fragmentation du corridor par exemple. Pour le moment, la première phase du programme se concentre sur la partie Betsileo.

La présente étude s'est insérée au sein de ce programme dans le volet écologique et se propose d'étudier les relations qui peuvent exister entre les pratiques paysannes de cette ethnie et la dispersion des graines par les oiseaux.

Les interactions entre les oiseaux frugivores et les plantes à fruits jouent un rôle clé pour la préservation des forêts et de leur biodiversité car ils peuvent conditionner la distribution des plantes et l'hétérogénéité floristique (Howe, 1977). Il est donc crucial de connaître la dynamique de ces interactions dans le terroir adjacent au corridor afin de savoir si elles contribuent à la régénération forestière et donc à la résilience de cet écosystème.

Pour cela, nous avons étudié d'une part les pratiques paysannes qui génèrent l'hétérogénéité du terroir ; et d'autre part, la diversité et le comportement du peuplement avien de cette zone. Des études floristiques et la collecte de graines ont permis d'appuyer les résultats des études ornithologiques.

Ainsi, dans un premier temps, nous présenterons la zone d'étude en décrivant les caractéristiques physiques, écologiques et humaines grâce aux informations récoltées durant notre séjour, et à la bibliographie existante ; et dans un second temps nous décrirons et énoncerons les résultats des différentes études complémentaires pour enfin conclure d'une manière générale en faisant le lien entre toutes ces parties.

Cette étude s'inscrit dans une démarche pluridisciplinaire visant à cerner la diversité des pratiques Betsileo bénéfiques au maintien des relations plantes-animaux (dispersion des graines) à travers l'étude des oiseaux.


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