Conclusion générale

Tout au long de cette étude, nous avons essayé de connaître les relations qui existent entre les pratiques paysannes Betsileo et le comportement et la diversité des espèces d'oiseaux afin de comprendre et d'établir :

- D'une part, le potentiel de conservation des différentes espèces d'oiseaux au sein du terroir ;

- D'autre part, quelles pratiques paysannes sont favorables à la régénération forestière via la dispersion des espèces végétales par les oiseaux.

Aux vues des résultats obtenus, il apparaît, que le terroir des Betsileo d'Ambendrana est constitué d'une mosaïque paysagère très diversifiée, et cette hétérogénéité est favorable à la conservation d'une certaine diversité d'oiseaux.

D'une part, les résultats ont montré que le terroir abrite une diversité importante d'oiseaux de part sa mosaïque paysagère diversifiée. Dans certaines conditions, il peut même abriter des espèces sensibles à la dégradation forestière tel que le coua bleu (Coua caerulea). Cependant, la majorité de ces espèces strictement forestières inventoriées ne vit qu'à l'intérieur de la forêt du corridor. Ainsi le terroir, malgré son hétérogénéité n'est pas susceptible de permettre leur survie si le corridor venait à disparaître. De plus, la majorité (64%) de ces espèces inventoriées sont endémiques de Madagascar, et ne se retrouvent donc nulle part ailleurs dans le monde (Langrand, 1995; Hawkins et Goodman, 2003). Il est donc nécessaire de maintenir l'intégrité d'au moins une partie du corridor afin de permettre la survie à long terme de ces espèces uniques peuplant le corridor, mais aussi celles des espèces vivant dans les trois aires protégées qu'il relie : le Parc National de Ranomafana, le Parc National de l'Andringitra, et la Réserve spéciale du pic d'Ivohibe.

D'autre part, notre étude sur les pratiques paysannes nous a permis de mettre en évidence le fait que la présence de bosquets à l'intérieur du terroir est en grande partie liée à un manque de temps pour le travail de ces terres de la part des propriétaires ou une autosuffisance de terres arables pour d'autres. Cependant le poids des croyances traditionnelles peut également représenter un élément d'explication. En effet certains fady interdisent la coupe d'arbres, de certains bosquets et permet ainsi le maintien d'un certain nombre d'entre eux.

Ainsi, l'hétérogénéité paysagère ne peut être maintenue que par l'intermédiaire des familles qui possèdent le plus de terres, et qui n'ont pas besoin de défricher tous leurs terrains ; ou par l'intermédiaire des croyances, si elles perdurent. La croyance qui reste la plus ancrée dans la tradition Betsileo, comme dans celle de tous les malgaches, reste celle du culte des ancêtres, qui permet entre autres, la persistance de bosquets sacrés au sein du terroir. De même, la présence d'arbres isolés au sein du terroir est dictée par le respect des ancêtres ou par la croyance en la force de la nature et des arbres. La présence de ces derniers permet l'entretien de la mosaïque paysagère par leur présence mais aussi par la création d'îlot de régénération végétale sous leur couronne (Yarranton et Morrison, 1974; Cardoso da Silva et al., 1996; Toh et al., 1999; Carrière, 1999, 2000, 2004, Carrière et al., 2002). Ces îlots se forment en grande partie grâce aux animaux disperseurs de graines tels que les chauves-souris et les oiseaux (Galindo-Gonzalez et al., 2000). Néanmoins, la majorité des graines dispersées sous les arbres isolés, proviennent des oiseaux qui se servent de ces arbres comme sites perchoirs et y défèquent (Debussche et al., 1985, Cardoso da silva et al., 1996, Guevara et Laborde, 1993; Carrière, 1999, 2000, 2003, Carrière et al., 2002), les chauves-souris déféquant en vol (Gorchov et al., 1993 In Galindo-Gonzalez et al., 2000).

Ainsi, les pratiques paysannes participent à l'entretien de l'hétérogénéité de la mosaïque paysagère, qui elle-même permet le maintien de métapopulations d'espèces végétales de forêt, favorables à leur dispersion loin du corridor. En effet, on peut penser que la dissémination peut alors s'effectuer de proche en proche, d'îlots de régénération en îlots de régénération participant ainsi à la conservation d'une certaine dynamique forestière de part la présence d'arbres isolés et de bosquets.

Cette étude nous a aussi permis de déterminer quelles espèces d'oiseaux étaient susceptibles de jouer un rôle clef dans la dispersion des graines à l'intérieur du terroir, et pourrait constituer la base de nouvelles recherches plus ciblées sur ces quelques espèces frugivores. Ces nouvelles études permettraient d'apporter des informations sur les espèces végétales préférentiellement dispersées et par quelles espèces d'oiseaux. On pourrait alors déterminer s'il existe des espèces d'oiseaux "clefs de voûte" pour le maintien de la forêt de l'est malgache dont la régénération est de plus en plus difficile.

Marion Viano

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