Chapitre II : Les Betsileo de la région de Fianarantsoa

Les origines du peuplement malgache sont assez floues. Séparée du continent africain il y a 60 000 000 d'années, on aurait pu penser que les Malgaches seraient d'origine africaine. Pourtant aujourd'hui, on s'accorde à penser que l'origine du peuple malgache actuel émanerait de plusieurs vagues de colonisations, venues d'Afrique et de l'océan Indien.

Les preuves de ces vagues de colonisations successives se retrouvent avant tout dans la langue malgache. En effet, elle appartient à la branche malayo-polynésienne des langues austronésiennes, et est également marquée par les apports du vocabulaire africain, notamment bantou, arabe et indien (Ravinala, 2004, Rajaonah, 19??). C'est ainsi que le mot omby signifiant zébu en malgache, est directement inspiré du bantou "gnombe" (Vohitsara, 2004), et que les premiers écrits Malgaches, les Sorabe, sont la transcription phonétique de la langue malgache en arabe (Rajaonah, 19??).

Ainsi, il est possible que le premier peuplement, dit proto-malgache, réunissant déjà toutes ces composantes, ait eu lieu vers la fin du Ier millénaire et corresponde à l'ancien peuple, nimbé de légende, des Vazimba (Jodra, 2004).

Les premiers habitants auraient été des Indonésiens venus sur des pirogues à balanciers du Sud de l'Asie (Ravinala, 2004), puis d'autres vagues d'immigrations se seraient succédées enrichissant petit à petit la culture malgache et formant le peuple proto-malgache.

Les influences principales car les plus ostensibles sont donc d'origine indonésienne. On les retrouve notamment dans la pratique de la culture sur brûlis, tavy, dont on trouve l'équivalent en Indonésie (le ladang), des rizières irriguées et la culture en terrasses qui a contribué à former une véritable « civilisation du riz », l'usage de l'angady pour travailler la terre, l'utilisation de pirogues à balanciers et le culte des ancêtres, très répandu en Asie du Sud-Est. Toutes ces pratiques viendraient donc de la première vague de colonisation en provenance d'Indonésie, tandis que l'élevage du zébu et le port de la toge lamba viendraient des bantou du Mozambique et du Kenya.

Les populations d'origine Indonésienne se retrouvent plutôt au centre de l'île tandis que celles d'origine Africaine, se retrouvent sur les côtes (Ravinala, 2004).

C'est ainsi qu'aux cours des siècles, par vagues successives, l'île de Madagascar s'est peuplée, formant de petits clans créant une diversité importante de peuples, à l'origine de 18 ethnies (Figure 4). L'histoire de ces différents groupes est mal connue, mais on estime que ces groupes, sédentarisés, ont, à la suite de nombreuses migrations intérieures, occupé définitivement leur «territoire géographique» actuel dès la fin du XVe siècle (Ravinala, 2004).

Par la suite, les ambitions du conquérant souverain Andrianampoinimerina (1786-1810), avec l'aide des anglo-saxons, ont permis au Royaume Merina d'étendre sa domination à toute l'île, et de proclamer Radama 1er (fils de Andrianampoinimerina) roi de Madagascar. Ces conquêtes, grâce à l'ingéniosité d'Andrianampoinimerina, ont contribué à l'unification du peuple malgache, jusque là divisé en petits royaumes ou entités politiques souvent rivales (Ravinala, 2004). C'est ainsi qu'à la fin du XVIIIe siècle, la civilisation malgache connaîtra son plein épanouissement, riche de l'intégration et des apports de ces multiples colonisations, ce qui fait aujourd'hui toute l'originalité du peuple malgache.

Le peuple Betsileo est le premier à s'être soumis à la domination Merina. Cependant, bien avant l'époque des royaumes, au temps des premiers peuplements de l'île, l'histoire des Betsileo reste floue. Nous avons essayé d'en développer les principales hypothèses.

II.1. La société

II.1.1. Historique

Les Betsileo viendraient des vagues d'immigrations internes venues coloniser le centre des Hautes Terres à partir de la côte Est. Ces peuples seraient des Indonésiens et auraient rencontré, lors de leur arrivée, les Vazimba qui étaient alors les habitants des Hautes Terres (Dubois, 1938). D'après Dubois (1938), les Vazimba avaient des traits plutôt d'origine africaine et leur société présentait déjà les signes des castes, séparant les nobles des roturiers. Les migrants venus de l'Est, eux aussi différenciaient dans leur société les nobles des autres personnes.

L'hypothèse de Dubois établit que les nobles immigrants se seraient alliés avec les nobles Vazimba, et auraient chassé le reste de la population indigène vers l'Ouest. Ainsi, un métissage aurait eu lieu entre les nobles immigrants et les nobles Vazimba, formant l'ethnie des Betsileo actuelle dont les nobles présentent un caractère africain prononcé, comparé au reste de la population ; et les migrations du reste des Vazimba vers l'Ouest expliqueraient le caractère africain des Sakalava.

Les Betsileo ont ensuite formé 4 royaumes au Sud des Hautes Terres : l'Isandra à l'Ouest, le Lalangina à l'Est, l'Arindrano au Sud et le Manandriana au Nord (annexe 1).

Les ancêtres des paysans d'Ambendrana faisaient partie du royaume du Lalangina.

carte des ethnies de Madagascar

Au temps de ces royaumes, les rivalités étaient fréquentes, entre Betsileo eux-mêmes, mais surtout avec les autres ethnies, c'est pourquoi, chaque village était construit au sommet des collines, pour pouvoir observer et se protéger des éventuels ennemis qui viendraient les attaquer. Pour les gens d'Ambendrana, il s'agit du village d'Ambohimandroso (point GPS : S : 21°22'257"; EO : 47°19'120"). Les gens avaient donc leurs maisons au sommet de la colline et devaient marcher jusqu'à leur bas-fond pour cultiver leurs rizières. Avec le temps, ces rivalités se sont estompées, et un climat de paix s'instaura. Les habitants des villages perchés décidèrent alors de délaisser leurs maisons pour aller s'installer à flanc de colline à proximité de leurs terres de culture et surtout de leurs rizières. Ils formèrent alors ce qu'on appelle des vala, c'est-à-dire de petits hameaux composés seulement de quelques cases. Jadis, la population était moindre et chaque personne possédait son propre bas-fond pour cultiver ses rizières. C'est pourquoi les habitats étaient dispersés dans tout le terroir. Avec la colonisation française, l'administration, va renforcer la polarisation des terroirs en regroupant les paysans dans de gros villages afin de mieux les contrôler et de faciliter le prélèvement de l'impôt. Les habitants ont donc dû abandonner leurs anciens vala sous l'autorité de l'administration coloniale, pour former des villages d'au moins 15 toits. Aujourd'hui, les bas-fonds sont partagés et appartiennent à plusieurs familles, et c'est ce type de village que l'on retrouve dans le pays Betsileo.

II.1.2. Hiérarchie et classes sociales (d'après Dubois, 1938 : 555-585)

Comme tous les peuples du monde, la société Betsileo s'est très vite structurée en différentes castes qui représentent la domination et la hiérarchie.

Il existe quatre classes dans la hiérarchie Betsileo, à savoir :
- Les nobles, Hova ;
- Les Andehova ;
- Les Olom'potsy ;
- Les andevo.

Les Hova

Les Hova sont les nobles en pays Betsileo. Ils sont les descendants de la famille royale et sont des personnages sacrés de naissance. Leurs paroles sont redoutées, car elles auraient le pouvoir sacré de s'exaucer (Dubois, 1938). De ce fait, le hova ou hova be est une personne qui engendre un grand respect de la part du peuple et à qui beaucoup de fady sont associés. Les peines de violation de fady peuvent même aller jusqu'à la décapitation. C'est ainsi que tous les objets à l'usage du hova ne peuvent être pris à la main par une autre personne sans pratiquer un rituel précis. Le hova étant le chef des Betsileo, il est également le propriétaire de toutes les terres. Ainsi, selon les paysans d'Ambendrana, au temps des royaumes, tous les boeufs appartenaient au hova et de ce fait, chaque fois que l'on voulait tuer une bête ou bien la vendre, la présence du hova était obligatoire.

D'autre part, un vocabulaire et des salutations particulières sont réservés en présence de cette caste, prouvant le respect que l'on a pour celle-ci.

Cependant, le hova, lui aussi, est soumis à certain fady. Un exemple cité par un paysan lors de mon séjour, est celui de ce roi qui fut destitué pour avoir ramassé du miel tombé à terre. Celui-ci, amputé de ses pouvoirs devient alors un homme libre. C'est un autre hova qui l'a destitué et qui plus tard lui redonna son pouvoir (sans qu'il ne récupère son statut).

Les Andehova (Dubois, 1938)

Littéralement, andehova se traduit par andevo : esclave, hova : du hova. Mais le contact permanent que gardent ses serviteurs avec la noblesse leurs confère un caractère sacré qui les ramène au même rang que les hommes libres.

Il y a plusieurs sortes d'andehova formant une véritable cour autour du hova. Ainsi, on retrouve les bras droit du hova nommés les andriambaventy, les nourriciers des enfants du hova appelés les Raindraoto, ou encore, les plus spéciaux, les ramanga qui étaient employés à boire le sang du hova blessé, recueillir ses rognures d'ongle ou encore de lui couper sa viande, etc.

Avec l'occupation française, les distinctions de hiérarchie s'estompèrent petit à petit, et le hova perdit de ses distinctions honorifiques.

Les Olom'potsy

Olom'potsy désigne une caste de la société Betsileo qui caractérise les « simples mortels, que rien ne vient distinguer » (Dubois, 1938 : 578). D'après Dubois, le pays betsileo est composé de 78 clans de olom'potsy. L'appartenance à un clan se transmet par filiation et détermine les lois du mariage qui n'ont lieu qu'entre familles du même clan. Chaque clan est soumis à ses propres interdictions ou fady, et a ses règles.

Les paysans d'Ambendrana parlent d'un fady concernant un oiseau : le toloho (Centropus toulou, Cuculidae). Ce fady vient du fait qu'un toloho aurait sauvé leurs ancêtres lors d'une attaque d'ennemis. D'après les multiples témoignages recueillis, l'histoire serait la suivante : « un jour, des ennemis sont venus attaquer le village de leurs ancêtres. Ces derniers, par peur des représailles se sont enfuis dans la forêt pour se cacher. Les ennemis, en les cherchant seraient passés juste à coté de leurs cachettes au moment où un toloho sorti des arbres. Au vu de cet oiseau, ils auraient continué leur route ». Pour les ancêtres ayant échappé aux ennemis, la présence du toloho aurait dissuadé les ennemis de chercher à cet endroit. Le toloho est donc considéré comme le sauveur de leurs ancêtres et il est fady de le tuer. D'après Dubois (1938) ce fady est associé au clan des zazamena ; clan que l'on retrouve un peu partout dans le Betsileo. Les paysans d'Ambendrana appartiendraient donc à ce clan, mais au cours de mes entretiens, ils m'ont aussi souvent parlé d'un certain Razafindraraoto qui serait l'ancêtre commun de tous les habitants de cette région et à qui le hova aurait transféré ses pouvoirs afin de leur enlever certaines contraintes liées au sacrifice de zébu. En effet, comme nous l'avons vu plus haut, tous les zébus de la région appartenaient au grand hova. De ce fait, lorsque les paysans voulaient organiser une fête lalonana, pour une occasion diverse, ils étaient obligés de se déplacer jusqu'au lieu de résidence du hova qui habitait à l'Ouest. Le hova aurait donc transféré ses pouvoirs à Razafindraraoto pour que les paysans n'aient pas à se déplacer autant pour les fêtes. Une autre histoire était que Razafindraraoto était en fait le hova destitué pour avoir transgressé un fady ou encore, que les Razafindraraoto étaient en fait les hommes ayant été libérés du pouvoir du hova. Ces différentes histoires alimentaient donc le flou autour de ce fameux Razafindraraoto. Or, selon Dubois (1938), il semblerait que l'un des clans d'Olom'potsy se nomme Zafindraraoto. Sachant que le préfixe raza signifie "fils de", on peut penser que les paysans de la région d'Ambendrana parlaient des descendants des zafindraraoto qui seraient donc leurs ancêtres. D'après ces déclarations, les villageois d'Ambendrana appartiendraient donc au clan des zafindraraoto. Les deux "témoignages" étant bien ancrés dans la culture des villageois d'Ambendrana, un point d'interrogation reste quant à leur clan d'origine. Cependant, d'après les différents témoignages que j'ai pu recueillir, deux hypothèses me paraissent les plus plausibles. La première est que le fady du toloho serait une histoire issue de la tradition orale ancrée dans les légendes d'Ambendrana. Comme le dit Dubois (p. 582), les zazamena sont très répandus dans tout le pays betsileo, et l'on peut penser que cette légende se soit répandue à d'autres clans, dont celui des zafindraraoto auquel appartiendraient les gens de la région d'Ambendrana. La deuxième est la suivante : les habitants d'Ambendrana appartiendraient aux clans des zafindraraoto mais un de leur ancêtre se serait marié avec un zazamena qui aurait transmis la légende aux descendants.

Les Andevo

Andevo signifie esclave en malgache. L'esclavage a été aboli au cours de la colonisation française. On devenait esclave par achat, par capture de guerre ou par déchéance sociale (Dubois, 1938). Cette caste était mise à l'écart par les autres et aucune alliance ne pouvait se faire avec les hommes libres, car c'était un signe d'abaissement pour l'olom'potsy. L'esclave était à l'entière disposition mais aucun acte de cruauté n'était pratiqué à son encontre, il faisait partie de la maison, et on le laissait avec sa femme et ses enfants. L'esclavage constituait surtout « une indignité de condition sociale » (Dubois : 584).

II.1.3. L'organisation sociale

Les habitants d'Ambendrana et de toute la région du fokontany de Iambara ont deux systèmes d'autorité distincts : une autorité administrative, et une autorité traditionnelle ou ray aman dreny.

Chefs administratifs

Les autorités administratives sont élues par les habitants du fokontany (fokonolona : villageois, tany : terre). Lors des élections, les villageois votent pour deux personnes qui seront leurs chefs administratifs : Filoham-pokonolona qui se traduit littéralement par président des villageois. Les élections sont organisées sous l'ordre de la commune, et les villageois vont voter au chef lieu de leur fokontany.

Le filoham-pokonolona se charge de régler les problèmes administratifs liés à la vente : il s'occupe de faire signer les passeports de vente de zébu ou de riz ; ou bien, il s'occupe de régler les problèmes liés à la vie du village. Par exemple, lorsqu'un nouveau pont a besoin d'être construit ou qu'il faut en remplacer un en mauvais état ou bien lorsqu'il est nécessaire de nettoyer le village. Dans ces cas là, le filoham-pokonolona se charge de réunir tous les habitants du village concerné pour discuter et prendre les décisions adéquates face au problème. Lorsqu'il s'agit de construire un pont, par exemple, les villageois se réunissent afin de discuter de la personne qui possède l'arbre approprié, et de lui demander la permission de le couper. Généralement ces assemblées ne génèrent aucune tension et les décisions se prennent en commun accord avec l'ensemble du village. Les Betsileo ont un grand sens communautaire et il est rare qu'un villageois refuse une demande faite par l'assemblée du village. De plus, les villageois étant pour la plupart, issus d'un même descendant, ils sont liés par un lien de parenté qui facilite les relations.

Chefs traditionnels

Ray aman dreny signifie, ray : père, aman : avec, dreny : mère, cette personne est considérée comme le père et la mère du village. Il y a deux sortes de ray aman dreny, selon les paysans d'Ambendrana.

D'abord, il y a le ray aman dreny qui correspond d'une certaine manière au chef traditionnel. Ce "statut" ne peut être attribué qu'à un homme qui est à la fois le doyen et le sage du village. Il n'y en a qu'un par village.

Le ray aman dreny est présent à toutes les fêtes traditionnelles comme la circoncision, le famadiana (voir chapitre sur les Us et coutumes) etc., où il est le seul à pouvoir se charger de convoquer les ancêtres et de leur rendre hommage. C'est lui qui prononce le discours d'appel des ancêtres qui précède toute fête traditionnelle chez les Malgaches. Pour ce faire, il se place près de l'endroit de la maison réservé aux ancêtres et prononce un discours devant l'assemblée des villageois réunis à l'intérieur de la maison. Durant ce discours, il remercie les ancêtres, leur rend hommage et demande leur bénédiction pour la suite des évènements. Par exemple, lorsqu'il s'agit d'une circoncision, fête qui détermine la virilité future de l'enfant, le ray aman dreny invoque les ancêtres afin de transmettre la force au petit garçon, et de leur donner la bénédiction pour l'opération, qui reste un acte dangereux pour la vie de l'enfant.

Ensuite, il y a les ray aman dreny représentés par tous les doyens du village. Il s'agit dans ce cas de toutes les personnes, homme ou femme, d'âge respectable, celui de la sagesse. Un âge supérieur à 55 ans semble être de mise pour être ray aman dreny.

Enfin, il y a le ray aman dreny, chef de famille. C'est le plus vieux de la famille. C'est prioritairement l'homme qui est ray aman dreny même si la femme est plus âgée, et s'il décède, c'est alors la femme qui devient chef de famille.

Ainsi, le terme de ray aman dreny peut avoir plusieurs significations, comme c'est souvent le cas dans la langue malgache. Un exemple est donné par Dubois (1938) avec le terme hova qui signifie à la fois les merina et les nobles betsileo.

Les ombiasy ou mpimasy

Le mpimasy ou ombiasy (ces deux noms sont synonymes) est ce que je qualifierais de l'équivalent du chaman d'Amérique latine. C'est une personne dotée d'un certain don ou d'un certain fluide, et qui connaît parfaitement bien le pouvoir et les propriétés de chaque plante. L'ombiasy est capable de confectionner des talismans ou fanafody, de transmettre une force à un objet ou de faire des préparations (onguents, décoctions...) à base de plantes afin de conjurer un sort ou de protéger une personne. Il est également devin. Sa parfaite connaissance des plantes lui permet de guérir les maladies les plus sérieuses. D'après les déclarations des villageois d'Ambendrana, il est capable de donner une force à n'importe quelle plante afin d'obtenir l'effet souhaité. C'est ainsi qu'un jour, un petit garçon vivant dans la région Tanala s'est fait piquer par une abeille mortelle. L'ombiasy, dans l'urgence, a pris une des plantes qui l'entouraient, sans vraiment la choisir, l'a mâchée et a ensuite appliqué la salive sur la piqûre. Au bout de quelque jours, la blessure a guéri et n'était plus qu'un mauvais souvenir. Dans ce cas là, ce ne sont pas les propriétés médicinales de la plante qui sont utilisées, mais c'est l'ombiasy qui lui a transmis une force permettant de guérir la plaie. C'est la seule personne capable de faire cela. À l'inverse, les propriétés médicinales des plantes sont connues par la plupart des villageois.

Le mpimasy peut faire le bien comme le mal, et c'est ce qui le distingue du sorcier qui lui, ne fait que le mal.

C'est lui qui décide de la date propice d'une fête comme le famadiana (voir ci-après), d'après la position des étoiles et du calendrier lunaire.

L'ombiasyest très respecté des habitants, car il détient des savoirs qu'il est le seul à maîtriser et qui peuvent être néfastes si jamais il les utilise pour jeter un sort.

II.1.4. Les us et coutumes

Le culte des ancêtres

Avant d'entamer la partie concernant les traditions, il est important de noter la place prépondérante que tient le culte des ancêtres au sein de la société malgache.

photo d'un schéma de l'intérieur d'une case

En effet, les Betsileo, comme tous les Malgaches, pratiquent le culte des ancêtres ou mânismes. Le mânisme est la croyance que la vie se prolonge au-delà de la mort pour une durée indéterminée et sous une forme invisible. Les mânes, ou esprits des ancêtres sont respectés et redoutés, et font partie de la vie courante. Chez les Betsileo, on retrouve cela dans l'agencement de l'intérieur du foyer où un coin est réservé aux ancêtres (Figure 5).

La crainte des esprits pourra conditionner certains actes de la vie quotidienne. On craint de mettre en colère les ancêtres qui exprimeront leurs mécontentements en jetant un sort (maladie ou malchance) dans le foyer. Cette crainte pourra être à l'origine de certain fady comme nous le verrons dans le paragraphe suivant.

Ce respect dicte aussi de nombreux actes de la vie courante. Par exemple, lorsque l'on doit se rendre dans un endroit habité par des mânes, on se doit d'effectuer un rituel préliminaire afin de les remercier et de leur demander la permission d'entrer. En réalité, la crainte entraîne le respect, et ces deux sentiments envers les esprits des ancêtres sont souvent liés.

D'après Dubois (1938), le mânisme n'exclue pas la croyance en Dieu, mais il l'exclue de « l'action directe sur les évènements ordinaires de la vie quotidienne » (p. 632). Par exemple, dans les situations de la vie courante, ce sont les ancêtres qui prennent la place de Dieu et peuvent agir pour changer une situation ou pour donner leurs bénédictions. C'est ainsi que si un problème survient dans le foyer, comme une maladie ou une mauvaise récolte, c'est aux ancêtres que l'on va s'adresser pour demander une amélioration. De même systématiquement au cours des fêtes, les ray aman dreny font appel à eux afin de les faire participer et de demander leur bénédiction pour la suite des événements.

L'appel des ancêtres se fait au vatolahy ou au tatao. Ces deux constructions correspondent à des stèles commémoratives (Figure 6).

photo d'un vatolahi et d'un tatao

L'invocation des ancêtres se fait lorsqu'un problème survient. Un rituel est alors pratiqué devant leurs stèles commémoratives avec une offrande en guise de remerciement. Ces offrandes peuvent être : une assiette de riz, un verre de rhum local ou galeoka, du miel tantely, ou de la viande hena. C'est la personne, qui de son vivant choisira l'offrande à employer lorsqu'elle sera morte. De même, pour la construction de stèles commémoratives, c'est la personne, qui, de son vivant, émettra le désir de se faire construire un vatolahy ou un tatao (Figure 6), et de son emplacement. De nos jours, de moins en moins de personne en ont le désir probablement à cause de l'intrusion de la religion chrétienne. De même, les offrandes et appels aux ancêtres, en dehors des fêtes, ne se font plus dans des lieux publics tels que les tatao ou vatolahy, mais plutôt dans la maison, à l'abri du regard d'autrui.

Les paysans d'Ambendrana, disent que c'est pour se cacher des autres, et, en ce qui concerne la construction de vatolahy, ils disent qu'ils croient en Dieu. En effet, si une famille venait à faire une offrande aux ancêtres aux yeux de tous, on l'accuserait de croire en plusieurs dieux, ce qui est interdit par la religion, qu'elle soit catholique ou protestante.

En effet, la plupart des paysans d'Ambendrana, comme la plupart des habitants de la région et des campagnes Malgaches, sont très croyants et très pratiquants. Les religions les plus répandues sont le catholicisme et le protestantisme. Les gens vont à l'église tous les dimanches et s'ils ne s'y rendent pas, ils peuvent être très mal vus au sein du village (Moreau, 2002). Pourtant, le culte des ancêtres, comme nous l'avons vu plus haut n'exclue pas la croyance en Dieu, il le place à une échelle différente, mais la religion catholique interdit toute autre forme de croyance puisque « on ne prie que pour Dieu ». De ce fait, la tradition perdure puisque l'on continue à faire appel aux ancêtres lorsqu'un problème survient, mais seulement au sein du cercle familial et ces pratiques demeurent tabous. Certaines personnes pensent que cette évolution n'est pas une mauvaise chose. Il semble donc qu'une véritable disparition des pratiques traditionnelles soit en cours.

Les interdits

Comme pour la hiérarchisation de l'autorité, il existe une distinction en ce qui concerne les interdits, selon que son origine est administrative ou spirituelle.

Braver les interdictions dictées par la loi est condamnable par les autorités administratives. Par exemple, il est interdit de faire des brûlis ou tavy en lisière du corridor car le feu risquerait d'embraser une partie de la forêt. Cette interdiction est promulguée par le ministère des eaux et forêts, passible de prison et de paiement d'une amende.

La législation malgache se distingue de l'interdit traditionnel ou du tabou. Il en existe de nombreux communs à toute l'île, mais il peut y avoir des variations d'une région à une autre, et d'une ethnie à une autre. Il y en a des milliers qui relèvent de tous les domaines, que ce soit de la hiérarchie, de la politesse, de l'alimentation ou d'autre chose. Le fady relève de la croyance, et de la tradition orale transmise par les ancêtres. Selon Dubois (1938 : 633), « d'une manière générale, un objet, une personne, un acte, un rituel matériel deviennent tabous soit par l'action d'un esprit qui se le réserve ou y réside, soit par l'effet d'une vertu qui s'y trouve ou naturellement ou par infusion. Dans le premier cas, la violation provoque la vengeance de l'esprit ; dans le deuxième cas, le tabou agit par contact en produisant chez le violateur une souillure qui devient principe de maux ».

Le non respect du fady se traduit par une réprimande des villageois ou une colère des ancêtres. Par exemple, il est fady de s'approcher des tombeaux des ancêtres parceque le voisinage des esprits pourrait devenir, pour les vivants, contagion de mort (Dubois, 1938 : 632). Cependant, comme c'est le cas à Manakana, les plus jeunes n'ont aucune appréhension à se rendre dans l'espace de forêt alentour. Les gens qui ont établi leur résidence à proximité s'y rendent fréquemment chercher du bois de chauffage. Mais les mânes veillent à ce que seuls les membres admis dans la communauté des descendants soient autorisés à se rendre sur ces lieux (Aubert et Razafiarison, 2003).

D'autre part, il existe des actes qui ne sont interdits par personne, et qui ne font l'objet d'aucune croyance traditionnelle, mais que personne n'ose faire. Certains faits ont toujours existé, parceque les ancêtres ne les ont jamais reniés, et ainsi, personne n'ose les abandonner. Prenons l'exemple d'un arbre isolé dans un champ. À la question « Pourquoi ne coupez-vous pas cet arbre ? » les paysans répondaient : « je ne sais pas... personne n'oserait le faire. Toi, tu peux le faire si tu veux, mais c'est à tes risques et périls, moi je ne le ferais pas ». Ils me disaient ensuite que cet arbre avait toujours existé, que c'était sûrement un ancêtre qui l'avait planté. S'il le coupait, il ne savait pas ce qu'il pourrait leur arriver. On retrouve ici la crainte de la colère des ancêtres dont le désir n'aurait pas été respecté au même titre que le respect envers ceux-ci. Par méconnaissance de l'origine de l'arbre, ils préfèrent le protéger par crainte de ce qui pourrait leur arriver. S'il est ici, c'est sûrement qu'un ancêtre a dû le planter en lui donnant une force. Le couper entraînerait la colère de celui qui l'a planté. Comme ils ne savent pas, ils ne préfèrent rien faire !

Les fêtes traditionnelles

Beaucoup d'évènements de la vie quotidienne peuvent être à l'origine d'une fête. Une famille peut recevoir plus de 20 invitations par an. Les plus connues dans le pays Betsileo sont la circoncision et l'exhumation plus connue sous le nom de « retournement des morts » ou famadiana ; mais la construction d'une maison ou une naissance engendre aussi la préparation d'une fête.

Les frais liés à ces fêtes génèrent beaucoup de dépenses, aussi bien pour les familles qui invitent que pour les invités. En effet, pour ces évènements, il faut inviter toutes les personnes avec lesquelles on a des relations (famille, amis, voisins...) et leur offrir l'hospitalité, c'est-à-dire le repas. Ainsi, plus d'une cinquantaine de personnes sont invitées à chaque fête. Chaque famille conviée, quant à elle, doit emmener une certaine quantité de riz à la famille ainsi qu'un peu d'argent (Photo 5). La famille qui invite doit ensuite verser une somme d'argent et une quantité de riz au moins égale à celle que chaque invité lui offre si ces derniers les invitent à leur tour; c'est le système d'atero ka alao.

Photo villageois allant à une fête

Lorsqu'une famille arrive, elle est d'abord accueillie par le ray aman-dreny de la maison, dans une pièce spéciale, où les convives se livrent à un long discours de remerciements aux ancêtres et à la famille qui invite. Une personne représente la famille invitée et parle au nom de tous. Il s'organise alors ce que l'on pourrait appeler un aller-retour de discours entre les invités et les hôtes, qui tour à tour, se remercient mutuellement. Ces discours peuvent durer assez longtemps, plus de 20 minutes parfois. Une fois, les remerciements et les formules de politesse prononcés, le repas (du riz et un accompagnement qui peut être de la viande ou des haricots) est servi à tous les membres de la famille invitée.

Ensuite, les invités et la famille se regroupent dans une autre pièce afin de procéder à l'appel des ancêtres. Des offrandes sont déposées sur l'étagère réservée à ces derniers, au coin nord-est de la pièce. Le ray aman-dreny prononce alors le discours, fait passer une bouteille de rhum local dans l'assemblée, et chacun est obligé d'en boire une petite dose. Dans le cas de la circoncision, une fois le discours terminé, le ray aman-dreny de chaque famille doit prendre une lampée de rhum des ancêtres et la jeter six fois sur le petit garçon afin de lui porter chance. Ce n'est qu'ensuite que la fête peut commencer aux rythmes des chants et danses traditionnelles.

Concernant les fêtes dévolues aux défunts, il est intéressant de noter les deux variantes possibles. En effet, une confusion est souvent faite entre le famadiana ou exhumation et le famindrana qui est la transposition des morts dans un nouveau tombeau.

Le famadiana est la cérémonie de l'exhumation des morts. Les cadavres sont sortis de leur tombeau et on va les balader, les dorloter, leur parler ou leur chanter des chansons, il faut les distraire et les changer d'étoffes lamba mena pour leur montrer qu'on ne les oublie pas. À la fin de la fête, les cadavres sont réintroduits au sein du tombeau familial. Tandis que le famindrana correspond au changement de tombeau. Les cadavres sont exhumés et transférés dans un tombeau neuf. Les anciens tombeaux, vides, perdent alors leur caractère sacré, puisque plus personne n'y repose.

Les esprits de la forêt

Pour les paysans d'Ambendrana, la forêt est le domaine des esprits des ancêtres, car beaucoup de tombeaux y sont disposés. Les ancêtres ont même, jadis, créé des limites à leur territoire. Ainsi, aujourd'hui, lorsque l'on se trouve dans les limites du domaine de ses ancêtres, nous sommes dans le domaine des fanahy, qui sont des esprits bienveillants. Les paysans n'ont donc aucun problème pour se rendre dans ces zones dont ils connaissent les moindres recoins. Par contre, si on s'aventure au-delà de ces limites, on est sujet à l'emprise des angatra. Ces derniers sont des esprits malfaisants qui peuvent être très dangereux et très redoutés par les villageois. On raconte que lorsqu'on est "pris" par un angatra, on perd la raison, et on se dirige dans n'importe quelle direction, se retrouvant ainsi quelques heures plus tard dans un endroit inconnu et sans aucun souvenir. À son retour, la personne ne reconnaît plus ni ses amis, ni sa propre famille ; elle a complètement perdu connaissance. Quand une personne se retrouve dans cet état, on dit qu'elle est atteinte du sia. L'angatra est aussi capable de transmettre une force surnaturelle, permettant aux gens de marcher sur plusieurs kilomètres en portant un lourd fardeau, sans être fatigués, toujours dans le but de désorienter la personne qui oublie tout du chemin qu'elle a parcouru. Les angatra les plus terribles et les plus redoutés sont ceux des Vazimba. On dit qu'effleurer une feuille qui appartient à leur domaine, suffit à se faire battre violemment tels des coups de bâton, jusqu'à la mort. Pour éviter d'être pris par ces esprits malfaisants, il faut leur rendre hommage en leur donnant du rhum local, mais on raconte qu'aujourd'hui, ils sont de moins en moins méchants, et de moins en moins nombreux. En effet, d'après les villageois d'Ambendrana, les angatra ont peur des vazaha. Comme il y en a de plus en plus, les angatra se cachent et ne sortent plus.

Il y a plusieurs sortes d'angatra, mais le plus connu est le kokolampy. Celui-ci serait le maître de la forêt (Moreau, 2002) et ses colères seraient terribles. À Ambendrana, le kokolampy est décrit comme un animal qui vit dans la forêt du coté de la falaise Tanala, que l'on n'aperçoit jamais, mais qui se manifeste par quelques expressions sonores. Lorsqu'on l'entend, il ne faut surtout pas lui répondre, et fuir rapidement sans lui manquer de respect, sans quoi il pourrait tuer. Pour confirmer ces faits, il paraîtrait qu'un soir, un habitant d'Amindrabe1 qui ne croyait pas à tout cela, a eu l'audace d'imiter et d'insulter le kokolampy qui chantait près de chez lui. Le lendemain tous les villageois sont partis chercher des écrevisses dans les rivières mais au retour, cet homme avait disparu. Les villageois se sont donc mobilisés pour le retrouver et ont parcouru toute la forêt pendant deux jours, en vain. C'est alors que quelques jours plus tard, un promeneur le retrouva mort au fond d'une grotte. D'après les villageois, c'est le kokolampy, qui lui aurait fait perdre connaissance et l'aurait entraîné jusqu'ici où il serait mort.

1 Amindrabe est un village situé à l'intérieur du corridor forestier, près de la falaise tanale.

Toutes ces croyances n'empêchent pas les habitants de la région de pénétrer dans la forêt ; certains la traversent même lorsqu'il qu'il fait nuit. Des rituels permettent d'éviter la colère des esprits. Il résulte ainsi un mélange de crainte et de respect plus ou moins entretenu par les usages des communautés qui se sont établies à proximité de la forêt (Aubert et Razafiarison, 2003).

II.1.5. Structure de la population

La région des Hautes Terres Malgaches est la plus peuplée de l'île représentant plus de 50 % de la population. De plus, la population n'a cessé d'augmenter depuis la deuxième guerre mondiale (Portais, 1974, Raison, 1984, Shlemmer, 1986).

D'après Gendreau (1993), en 1993 la province de Fianarantsoa représentait une densité de population de 26 hab/km2 pour un total de 2.161.150 personnes. Cependant, cette population est très inégalement répartie comme le montre la carte de Raunet (1997) (Annexe 2). En 2003, la population de la province de Fianarantsoa est passée à 3.366.291, ce qui représente une densité de 32,9 hab/km2.

D'après les données de la commune rurale d'Androy (LDI, non publié), le fokontany de Iambara, où se trouve Ambendrana, comptait 1 015 personnes en 2000. Parmi ces 1015 personnes, 447 ont entre 0-15 ans, 123 sont âgées de 16 à 20 ans, 343 de 21 à 45 ans, 49 ont entre 46 et 60 ans et 53 personnes sont âgées de plus de 60 ans (Figure 6).

Figure 6 : tableau de répartition de la population du fokontany de Iambara en 2000.
Tranche d'âge 0 - 15 16 - 20 21 - 45 46 - 60 60 -
Nombre 447 123 343 49 53
Pourcentage % 44 12,11 33,79 4,82 5,22

Aujourd'hui, la population du fokontany compterait environ 1 450 personnes. Le taux d'accroissement démographique est de 5% par an en moyenne. Les répartitions d'âge de la Figure 6 montrent que, comme dans tous les pays en voie de développement, la population est jeune, puisque plus de 88% de la population est âgée de moins 46 ans. Le creux que l'on observe chez les adolescents montre qu'il existe un fort taux de mortalité chez les jeunes. Cela peut facilement s'expliquer par le manque d'infrastructures sanitaires à proximité des villages. En effet, le premier médecin généraliste se trouve à plus de trois heures de marche de la ville de Sahambavy. Ainsi, malheureusement, lorsqu'une personne tombe malade, il y a de fortes chances qu'elle décède car les conditions sanitaires dans lesquelles vivent ces populations isolées sont très difficiles : une simple blessure peut s'infecter, ou un simple rhume peut dégénérer, et causer la mort des malades par manque de soins et de médicaments de première urgence.

Un ménage a en moyenne 6 à 8 enfants au cours de sa vie. Les filles, lorsqu'elles se marient, l'âge moyen étant de 19 ans, partent dans le village natal de leurs maris (virilocacité). De ce fait, la plupart des hommes du village sont apparentés (fils, frère, cousin, neveu...). Dès qu'ils sont en âge, les enfants aident les parents aux activités agricoles (champs et élevage) et domestiques. Les garçons aident leur père à défricher les parcelles mises en jachère, et les filles aident leur mère ou leurs frères à semer les récoltes.

Toute la famille participe donc à la vie aux champs, et l'école n'est le plus souvent suivie que jusqu'à la fin du primaire. En effet, les parents préfèrent que leurs enfants les aident aux champs plutôt que de les envoyer au collège dans une autre ville. Ainsi, même si le français est enseigné durant toute la scolarité, seules quelques très rares personnes savent parler français, et l'illettrisme est très fréquent.

II.1.6. Mobilité

Les Hautes Terres ont connu, après la deuxième guerre mondiale, une augmentation démographique importante, due aux améliorations sanitaires apportées par les colons. D'après Shlemmer (1986) cette augmentation démographique a entraîné une diminution du rapport de la quantité de ressources comparée à la densité de population, ce qui a alors encouragé de grandes migrations Betsileo vers l'Ouest, chez les Sakalava, où le système de production, adapté à l'économie de marché, permet l'embauche d'un personnel important.

Raison (1984), quant à lui, met en cause les besoins monétaires des populations. En effet, les revenus engendrés par la récolte de leurs champs ne suffisent pas au développement des villages. L'essentiel de ces migrations avait donc pour but de trouver un emploi de main-d'oeuvre, les revenus monétaires étant plus intéressants que le travail dans leurs propres champs. De plus, Raison (p.378, vol 2) parle d'un "système de concurrence et d'émulation sociale" qui se serait mis en place entre les villages, entraînant la construction d'écoles. Sachant que 6 % des dépenses monétaires du foyer vont à l'écolage, les frais de scolarité constituent donc un véritable sacrifice pour les parents.

II.2. Le Système de production

II.2.1. Culture de rente

Dubois, en 1938 écrivait, "les rizières et les boeufs, voilà tout le Betsileo" (p.423). En effet, le pays Betsileo est le carrefour des pays Bara, éleveurs de zébus, et Merina, riziculteurs ; et l'essentiel de leur agriculture repose sur la riziculture et l'élevage de zébus.

La riziculture

photo d'un champp de riziculture

Le riz est la principale ressource agricole des Betsileo. Les rizières sont aménagées dans les bas fonds, et l'irrigation se fait grâce à un savant système de canaux qui parcourt discrètement toutes les collines (Photo 6).

D'après Raberimanana (1986), 76,4% du temps des travaux agricoles sont consacrés à la riziculture dont 80 à 85% de la production sont réservés à l'autosubsistance.

À Ambendrana, les paysans cultivent majoritairement 6 variétés de riz : - Vary mena (riz rouge)
- Vary lavy (riz long)
- Vary pirika
- Vary japonika (riz japonais)
- Vary laniera
- Vary x

En général, une famille plante 3 variétés en quantités égales. Toutes les variétés sont également utilisées, selon les familles, sauf le vary pirika qui reste assez rare. Le fumier provenant des parcs à boeufs est utilisé préférentiellement par les paysans, mais le peu de quantité disponible les incite à acheter de l'engrais chimique, plus cher mais moins productif d'après eux. Les engrais chimiques, tels que 11.22.16 NPK sont achetés au marché de Sahambavy ou à Fianarantsoa et le prix varie de 2500 à 4000 FMG (0.3 euros), ce qui représente une dépense importante pour les foyers, et de ce fait, seuls les foyers les plus aisés peuvent en acheter. La variété japonika est la plus productive mais elle a besoin de plus d'engrais.

Le rendement est assez faible, de l'ordre de 600 kg à l'hectare. Un kapoka de paddy (l'équivalent d'un verre) se vend entre 350 et 500 FMG au marché, et une famille vend en moyenne 100 kapoka par semaine. La vente de riz rapporte donc environ 250 000 FMG (soit 20 euros) par récolte. Cet argent sert à l'achat de vêtements et d'engrais pour la préparation de la prochaine saison de riz. Pendant la période intermédiaire, avant le repiquage, certaines rizières peuvent être plantées avec des cultures de contre saison avec des brèdes par exemple (feuilles diverses), en culture intercalaire.

Les cultures vivrières

Les champs cultivés ou tanimboly se trouvent à flanc de colline (tanety) ou devant le village (vodivala). L'essentiel de ces champs est issu de défrichement de forêt qui est régulièrement mis en jachère (kapoaka). Les champs situés devant le village sont les plus fertiles car ils bénéficient de l'engrais naturel issu des déchets ménagés. Les champs sur tanety quant à eux sont moins fertiles, et le seul moyen d'enrichir le sol reste la mise en jachère, pour permettre à un couvert végétal de se reconstituer pour le brûler ensuite (tavy). La diminution du temps de jachère peut entraîner l'épuisement du sol.

Les principales cultures sont le manioc, le taro, la patate douce, plusieurs variétés de haricots, les pommes de terre, les brèdes, le maïs... (cf Figure 7 qui résume le calendrier cultural des différentes espèces cultivées à Ambendrana).

Généralement, dans la région de Fianarantsoa, les paysans pratiquent la polyculture associée. Ils plantent de l'arachide pendant les 2-3 premières années, ensuite, le manioc pendant 1 an, puis le maïs pendant 1 an. Suivent 3 ans de jachère (Portais, 1974). Or, à Ambendrana, il semblerait que les paysans associent ces cultures dans un même champ. Les brèdes, haricots et pommes de terre peuvent être plantés, en tant que culture intercalaire, dans les rizières. Cette pratique permet un enrichissement du sol des rizières et une augmentation du revenu (Blanc-Pamard, 1987).

La vente de ces produits vivriers concerne une petite quantité, l'essentiel étant destiné à l'autoconsommation. Manioc, patate douce et taro servent au repas de tous les jours et sont presque les seuls aliments consommés durant la période de, fahavaratra, qui dure de Septembre à Janvier. A titre indicatif, la kapoka de maïs est vendu 200 FMG, le sac de 50 kg de manioc vaut 12500 FMG (soit 1 euros environ), et un sac de pommes de terre coûte 15 000 FMG.

Des arbres fruitiers sont également plantés dans ou en bordure de champs (Photo 7). Les plus couramment rencontrés dans le terroir d'Ambendrana sont les orangers, les pêchers et les bananiers.

photos de plantation et de cuve à rhum

On remarque aussi la plantation de cannes à sucre servant à l'élaboration du galeoka (photo 7), le rhum local, très apprécié des villageois et qui sert en offrande pour les ancêtres.

photo du calendrier cultural

II.2.2. L'élevage

L'élevage principal reste celui du zébu, mais l'élevage de volailles et de porcs est aussi très répandu et représente une part de revenus non négligeable.

Les zébus servent essentiellement aux labours et à la fertilisation. Ceux élevés pour la vente restent extrêmement rares dans cette région, car le cheptel est trop réduit du fait des vols fréquents qui ont eu lieu jusqu'en 1993 (LDI, date). Seuls les vieux zébus sont engraissés et vendus afin de les remplacer par des jeunes afin de renouveler le cheptel. Une famille possède en moyenne 2 ou 3 boeufs servant au piétinement des rizières. Ce sont les petits garçons, âgés d'environ 10 ans qui les mettent en pâture sur les tomboho.

Le tomboho est une savane herbeuse, recouverte de kifafa, Aristida aescensionis Lin. (Poaceae), une herbe très appréciée des zébus.

Ces derniers peuvent aussi se nourrir dans les rizières une fois le riz récolté, et les excréments laissés lors de leurs passages contribuent à la fertilisation. C'est ainsi, que l'élevage du zébu peut être qualifié d'extensif.

De plus, la possession de zébus est un signe ostentatoire de richesse, ce qui lui confère un rôle social très important en pays Betsileo comme partout sur l'île.

L'aviculture quant à elle est destinée à la vente. Presque chaque ménage pratique l'élevage de volailles (dinde, poule, canard), mais il est rare qu'ils associent les trois Gallinacés à la fois.

Les bêtes sont élevées en liberté dans le village et elles se nourrissent des restes de repas laissés par les familles. Leurs excréments fertilisent les champs situés près du village. L'élevage est extensif. Les oeufs sont exclusivement réservés à la reproduction et ne sont jamais consommés. Le sacrifice d'un coq ou d'une poule reste assez rare, en dehors des fêtes où il joue le rôle du "boeuf du pauvre" (Dubois, 1938 : 492). En règle générale, les paysans d'Ambendrana ne mangent de la viande qu'occasionnellement, l'élevage étant réservé à la vente.

Ce petit élevage fournit des produits faciles à liquider en cas d'urgence, et représente un revenu important. Par exemple, un ménage peut gagner 100 000 FMG par an pour la vente de canards, 80 000 FMG pour les poules, et 150 000 à 250 000 FMG (20 euros) pour la dinde (LDI). L'élevage porcin reste peu courant dans le terroir.

Ces animaux, se déplaçant à l'intérieur des cases, ainsi que le manque d'hygiène, peuvent être le foyer de nombreux parasites. Ainsi, puces, chiques, araignées, rats et autres sont des commensaux et parasites de l'homme très répandus dans ces villages et accompagnent la vie quotidienne des Betsileo.

II.2.3. Pisciculture et rizipisciculture

Sur environ trente familles qui vivent à Ambendrana, sept pratiquent la pisciculture seule, mais pratiquement toutes font de la rizipisciculture. Les paysans produisent généralement 2 espèces de poissons : la carpe royale et le Tilapia. Dans les bassins, les deux espèces ne sont jamais mélangées. Pour la rizipisciculture, seuls les Tilapia sont utilisés.

Généralement, les paysans achètent 100 alevins de carpe royale à Ambalamatina (village de l'arrondissement Iambara 2) pour 30000 FMG; le Tilapia est un peu moins cher. Après 6 mois, ils les pêchent pour les vendre au marché. Environ, un kg de carpes rapporte 15000 FMG, et un kg de Tilapia 12500 FMG. Lorsqu'on veut prélever une petite quantité de poissons, on pêche à la ligne, sinon, on vide l'eau du bassin et on les récolte.

La pêche en rizière se fait après la récolte. De petits murets au milieu des rizières sont construits, et seul un petit trou est laissé afin de permettre à l'eau de s'écouler. Ainsi, quand les rizières sont vidées, les poissons restent coincés et on n'a plus qu'à les ramasser à l'aide d'une nasse de paille. Ce sont souvent les petits enfants qui s'amusent à aller chercher les poissons.

La pisciculture est très appréciée des habitants car c'est une source de revenus non négligeable pour les ménages. De plus, les poissons sont utilisés pendant les fêtes. Cela évite le sacrifice d'un boeuf ou des poules qui représente une dépense beaucoup plus importante.

II.2.4. Activités complémentaires de l'agriculture

Les activités complémentaires de l'agriculture sont associées à la forêt qui reste une importante source de produits naturels.

La pêche, la chasse et le piégeage

photo d'un piège à sanglier

La forêt du corridor renferme une grande diversité d'animaux susceptibles d'être chassés, et de nombreux cours d'eau. La chasse n'est pas très répandue et reste une activité de distraction, souvent pour les enfants. On chasse surtout les oiseaux, à l'exception de certains, et les mammifères qu'ils qualifient de nuisibles tel que le sanglier. Pour chasser les oiseaux, les paysans utilisent des lance-pierres, qu'ils prennent avec eux lorsqu'ils se rendent en forêt et dont ils ne se servent qu'occasionnellement s'ils voient un oiseau intéressant à attraper. S'ils n'utilisent pas le lance-pierres, ils déposent de la résine, provenant de certaines espèces d'arbres, sur des branches, et l'oiseau, en venant se poser, reste collé. Les gens passent ensuite pour récolter leurs pièges. Les enfants aiment aussi partir à la chasse au tenrec, un genre de petit hérisson Tenrec ecaudatus (Trenrecidae), qu'ils chassent au lance-pierre avec les chiens.

Des pièges sont disposés près des champs dans la forêt afin d'attraper le sanglier qui est très nuisible aux récoltes. Ce sont des trous creusés dans le sol, dont les parois sont recouvertes de bois (Photo n°8). De petits murets en bois peuvent aussi être construits à la périphérie du champ, en bordure de forêt, afin d'éviter que le sanglier ne s'introduise dans le champ. Les sangliers tués peuvent ensuite être mangés.

La pêche en forêt, quant à elle, est très appréciée des villageois qui la pratique le dimanche (Dubois, 1938). Les nombreux petits cours d'eau qui circulent dans la vallée favorisent le développement d'espèces aquatiques telles que les écrevisses, crabes, anguilles et grenouilles. Les plus souvent chassés sont les écrevisses et les crabes, les premières étant généralement destinées à la vente et les derniers à la consommation. La taille des prises est assez petite, c'est-à-dire que les prises sont jeunes; pour pêcher des individus de plus grande taille, donc plus vieux, il faut aller de plus en plus loin dans la forêt. La pêche aux écrevisses est pratiquée régulièrement toute l'année par les ménages les plus pauvres, malgré l'interdiction de les pêcher pendant la période de reproduction. Le miel est aussi prélevé dans la forêt, mais de plus en plus de ménages pratiquent l'apiculture et possèdent ainsi leurs propres ruches, en général au nombre de deux par foyer, car le miel est devenu de plus en plus rare dans la forêt. Il est essentiellement destiné à la vente.

La collecte

Le nombre d'espèces d'arbres fruitiers indigènes de Madagascar étant très limité, le prélèvement de fruits sauvages ne se fait pas très souvent, en dehors de la goyave qui se trouve sur le bord des chemins ou dans les endroits dégradés, des figues, et des fruits de certains petits palmiers. La collecte reste réservée aux plantes médicinales, aux ramassages de bois de chauffe, ou à la collecte de plantes pour l'artisanat. Le prélèvement de bois pour la fabrication de manches d'angady (bêche malgache) ou de pilon est interdit par la COBA (voir chapitre suivant), mais il reste tout de même assez fréquent, et il n'est pas rare de se balader dans la forêt et de tomber sur des restes de prélèvement de bois.

Les herbes que l'on trouve dans les marécages, tapoka en Betsileo, notamment ravin-dahasa, servent à la confection de nattes et autres objets d'artisanat, dont l'utilisation est familiale. Après le prélèvement, ils font sécher l'herbe au soleil avec de l'argile blanc : tanimpotsy qu'ils trouvent dans le terroir. Le pandanus, vakoana, est souvent utilisé pour la confection de vannerie telle que les soubiques, paniers, nattes...

Quant aux plantes médicinales, les paysans en ont une connaissance très fine. Ainsi, les maladies les plus courantes sont facilement guéries grâce à un fanafody gasy (médicament) à base de plantes. Mais pour les maladies moins ordinaires, seul le mpimasy sait quelles plantes utiliser ainsi que la posologie.

II.2.5. Gestion de la forêt

Madagascar, depuis longtemps conscient de l'importance de la conservation de la biodiversité, a ratifié dés 1972 la Convention concernant la protection du patrimoine mondial (Conférence générale de l'UNESCO, Paris). Par la suite, clairvoyant de l'intérêt porté par la communauté internationale à Madagascar, l'ancien président Ratsiraka a mis en place un Plan national d'action environnemental (PNAE) dés 1989 (Goedefroit, 2002) qui restreint l'accès aux ressources naturelles de la forêt et à l'exploitation forestière. En effet, une autorisation préalable, donnée par le ministère des eaux et forêts, est indispensable avant tout défrichement de forêt. Les paysans doivent définir la surface désirée pour défrichement et le faire savoir au ministère qui envoie ensuite des techniciens afin de délimiter une surface proportionnelle au nombre de foyers. Une fois la surface officiellement déterminée, les paysans se répartissent les terres mutuellement, selon les besoins de chacun. Après cela, un délai de 5 ans est nécessaire avant de pouvoir élargir à nouveau leurs surfaces de terres arables.

De plus, depuis Janvier 2003, avec l'arrivée du Landscape Developpment Intervention2 (LDI), les habitants de la région d'Ambendrana ont été sensibilisés au problème de déforestation du corridor, et ont formé une association paysanne, la COBA (COmité de BAse). Cette association a permis le transfert de gestion de la forêt aux paysans eux-mêmes, qui sont alors chargés de la gestion des ressources naturelles de la forêt, et de la protection de l'environnement. Dans ses objectifs, elle interdit donc les tavy de forêt et de kapoaka (jachère arborée) afin de limiter les feux de forêt et les défrichements, et tous prélèvements de bois ou de ressources naturelles. En réalité, l'interdiction des tavy sur kapoaka, est juste un moyen de contrôler l'embrasement des feux. En effet, celui qui veut défricher sa kapoaka doit demander une autorisation préalable à la COBA, qui elle-même, la transmettra au ministère. Celle-ci est toujours donnée, mais le tavy est contrôlé par un "policier du feu", et doit obéir à certaines règles, à savoir, que le brûlis ne doit pas être fait à moins de 5 m de la lisière de la forêt. Les paysans peuvent donc ouvrir des tavy sur leurs jachères arborées, mais sous contrôle.

2 Le LDI est une ONG américaine en association avec des bailleurs de fonds tel que USAID, implantée tout le long du corridor. Son objectif étant la préservation de cet écosystème et l'aménagement de projets compensatoires aux prélèvements de ressources naturelles dans la forêt. Des projets d'intensification agricole et de développement de l'artisanat ont été mis en place, par exemple, un projet de fabrication artisanale de meubles en bambou a été mis en place à Ambendrana, avec une formation préalable pour les paysans.

Toutefois, on a vu que les prélèvements dans la forêt étaient assez fréquents, surtout pour les familles les plus démunies. Sur ce point, la COBA a délimité une surface de 50 ha où les villageois peuvent venir prélever des bois de chauffage ou autres. Les tapoka, anciennes rizières abandonnées, situées à l'intérieur du corridor, peuvent aussi être réhabilitées à la production, ainsi que les tambina (voir chapitre IV.1) qui les entourent (cf. photo 2b). Les familles ayant le moins de terre, ne possédant pas de kapoaka, peuvent donc aller cultiver ces terres, mais celles-là se situent loin des habitations, ce qui est trop contraignant. Les tomboho sont donc préférés aux tapoka du corridor malgré leur fertilité moindre.

Ainsi, l'exploitation forestière est-elle limitée, et les défrichements contrôlés par les techniciens du service de eaux et forêts.

II.3. Conclusion

Madagascar est la quatrième plus grande île au monde et on y trouve 5% des espèces répertoriées dans le monde, dont environ 80% ne se retrouvent nulle part ailleurs (Lourenço, 1993). Un grand nombre de ces espèces se trouve dans les forêts dont la surface ne cesse de diminuer chaque année (Lourenço, 1993).Le corridor de Fianarantsoa possède une très grande diversité d'espèces végétales et animales menacées du fait du défrichement du corridor par les communautés vivant à sa lisière. Parmi elles, l'ethnie des Betsileo dont les spécificités agraires sont mal connues et qui ont fait l'objet de cette étude.

Le mode de vie des Betsileo de la région d'Ambendrana reste encore très précaire, avec des installations sanitaires inexistantes qui obligent à vivre sans soins médicaux à moins de 3 heures de marche, et sans eau potable ni électricité. Leur mode de subsistance est très largement basé sur l'agriculture et l'élevage de zébus, et reste encore fortement dépendante des ressources naturelles de la forêt du corridor-Fianarantsoa. La riziculture dans les bas-fonds domine dans le paysage collineux des Hautes Terres Malgaches, et sert en grande partie à garantir l'autosuffisance alimentaire des foyers. En effet, le commerce dans la région d'Ambendrana n'est pas très développé, et permet en grande partie à financer des dépenses de première importance tels que l'achat de vêtements, ou de sucre et de café qui restent des denrées rares et appréciées dans ces villages isolés. Malgré les interdictions, les prélèvements de ressources naturelles de la forêt sont assez fréquents et génèrent des revenus supplémentaires surtout pour les familles les plus pauvres.

En effet, il existe une grande différence entre le niveau de vie des familles "riches", qui constitue une minorité de foyers, et les familles pauvres qui se trouvent majoritaires. Les familles "riches" possèdent un grand nombre de terres fertiles leur permettant d'assurer un surplus de production qu'elles revendent sur les marchés. Les familles pauvres quant à elles, ne possèdent que de petites surfaces cultivables qu'elles ne peuvent agrandir qu'en défrichant des terrains infertiles appelés tomboho à cause des réglementations très strictes qui régissent la gestion forestière.

Une partie de leurs récoltes est réservée à la vente, alors que sa totalité ne suffit pas à assurer les besoins alimentaires annuels du foyer. Ces familles se voient donc obligées d'emprunter aux familles "riches" et entrent ainsi dans une spirale d'endettement.

D'autre part, la vie reste ponctuée par certaines croyances qui sont encore profondément ancrées dans la tradition, comme celle du culte des ancêtres, contrairement à d'autres qui paraissent en voie de désuétude du fait de l'influence de la religion chrétienne. Les fady sont transmis par les ancêtres de générations en générations et peuvent dicter beaucoup d'actes de la vie quotidienne.


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