Chapitre I
Un milieu : Le corridor forestier de Fianarantsoa (Hautes Terres Malgaches)

Les Hautes Terres se situent au centre de l'île, elles sont parfois nommées « Hauts Plateaux », mais ce terme n'est pas approprié étant donné que celles-ci forment une chaîne de collines.

I.1. Les Hautes Terres de Madagascar

Les Hautes Terres Malgaches sont constituées d'un plateau central montagneux, allant de 800 m à plus de 2700 m d'altitude, couvrant 120 000 km2 ce qui correspond a environ 1/5e de la superficie totale de l'île. Il y règne un climat de type tropical tempéré avec des étés chauds et humides et des hivers frais représentés par 2 saisons :

- la saison sèche et froide, d'Avril à Octobre qui inclue l'hiver austral de Juin à Août ;

- la saison chaude et humide, de Novembre à Mars.

Les températures pendant l'hiver austral, du mois de Juin au mois d'Août, peuvent descendre jusqu'à moins 3°C. Nous avons d'ailleurs pu observer lors de notre séjour, dans la ville d'Antsirabe située au sud d'Antananarivo, des amplitudes thermiques quotidiennes de l'ordre de 19°C (4°C le matin et 23°C l'après midi ! ).

Les précipitations s'échelonnent entre 1200 et 1400 mm/an, dont la plus grande partie se concentre entre Décembre et Mars.

Les Hautes Terres sont essentiellement recouvertes d'une végétation de type savane herbeuse pauvre en espèces. Les arbres y sont quasiment absents, à l'exception de quelques vestiges de forêts denses humides devenues des sites protégés et des forêts de reboisements de pins, de mimosas et d'eucalyptus (photo n°1). L'origine de cette savane est controversée selon les différents écrits sur le sujet (Perrier de la Bâthie, 1921, 1936, Humbert 1927, 1949, Gade, 1996, Burney, 1997, Klein, 2002).

Comme Klein (2002) le résume, deux thèses s'opposent, à savoir, d'une part, les "néo malthusiens" qui prônent la théorie d'une origine anthropique à cet état de végétation et qui accusent notamment le feu et l'accroissement démographique ; et d'autre part, les défenseurs de l'hypothèse d'un changement climatique. Cette controverse sera plus amplement discutée dans le chapitre suivant.

Seule la partie Est des Hautes Terres reste recouverte de forêt dense sempervirente, qui s'étendait autrefois au-delà de la limite actuelle (Figure 1). Cette forêt ombrophile de l'Est ne représente plus aujourd'hui qu'une fine bande de largeur variable et parcourant presque toute la longueur de l'île. La délimitation de la forêt apparaît très nette à l'Est, du coté Tanala (Photo 2), et dégradée voire fragmentée au niveau du versant Ouest, en pays Betsileo.

(observation personnelle : en avion, en arrivant de l'Est, après avoir dépassé la côte, nous traversons d'abord une grande étendue de forêt continue, puis celle-ci se désagrège petit à petit lorsqu'on se rapproche du centre des Hautes Terres, jusqu'à devenir inexistante.)

Plusieurs ethnies peuplent les Haute Terres (Figure 4), dont les deux principales sont :

- Les Merina au Nord et dans la région de Tananarive,

- Les Betsileo au Sud, dans la région de Fianarantsoa.

Ce sont elles qui, dans l'opinion commune, seraient à l'origine de la déforestation sur les Hautes Terres.

photo d'un paysage collinaire désertique photo de la lisière collinaire

Photo de la déforestation

I.2. Les savanes herbeuses des Hautes Terres : déforestation ou écosystème naturel ?

La déforestation sur les Hautes Terres Malgaches a fait l'objet de nombreuses études. En effet, la vue de ces étendues couvertes d'herbes, dépourvue de strate arborée a questionné les chercheurs quant à l'origine de ces paysages.

Comme dans beaucoup de pays d'Afrique, l'origine des savanes a souvent été considérée comme étant le fruit d'une dégradation anthropique due à un usage intensif par les populations locales (Klein, 2002).

À Madagascar, le poncif, repris par la plupart des ONGs et des collectivités locales est le suivant : les Hautes Terres subissent à l' heure actuelle une déforestation alarmante qui ne cesse de s'accélérer, du fait de l'extension de l'agriculture sur brûlis ou tavydue a une pression démographique de plus en plus forte. Il faut absolument agir rapidement avant que le peu de forêt qu' il y reste ne subisse le même sort que celle qui existait jadis sur les Hautes Terres. De plus, comme le montre Klein (2002), la plupart de ces ONGs ou organisations internationales ne citent aucune source.

Ces idées, profondément ancrées dans les esprits, datent de l'époque coloniale.

Elles sont véhiculées par deux botanistes, Perrier de la Bâthie (1921, 1936) et Humbert (1927,1949) qui sont les plus connus, et les plus couramment repris pour avoir soutenu la thèse de l'augmentation démographique comme origine de la déforestation. Ces derniers décrivent les Hautes Terres comme étant entièrement recouvertes de forêts et n'ayant jamais subi de feux sauvages avant l' arrivée de l'homme. D'après eux, l'action anthropique aurait entraîné une déforestation massive due à l'utilisation abusive et souvent incontrôlée du feu.

Aujourd'hui encore, cette thèse est défendue, comme le montrent les travaux de Gade (1996). D'après ses analyses palynologiques il semblerait que les Hautes Terres furent autrefois recouvertes de forêt. Il appuie son argumentation sur le fait que toutes les espèces de Mammifères de l'île sont typiquement forestières et que la présence de forêts relictuelles témoigne d'une couverture arborée passée importante sur toutes les Hautes Terres. Il cite aussi la tradition orale qui décrit un couvert forestier fermé durant le passé.

En effet, d'après S. Moreau (2002), les Betsileo évoquent un gigantesque feu afotroa qui aurait dévasté toute la forêt des Hautes Terres à l'époque des Vazimba (premiers occupants de l'île), et qui aurait été confirmé par un taux élevé de charbons dans les sédiments lacustres.

Cependant, une autre hypothèse vient concurrencer la première. Grâce à de récents travaux, dont ceux de Burney (1997), l'analyse de pollens datés entre 9000 et 4000 BP (Before Present), montre que la végétation couvrant les Hautes Terres était plutôt de nature mixte, composée de forêts, d'arbustes et de prairies. Ces recherches contredisent l'hypothèse d'un recouvrement total par la forêt. D'autre part, l'analyse de charbons montre que durant la fin du Pléistocène et le début de l'Holocène les ¾ des charbons proviennent de Graminées, suggérant que le feu existait bien avant l'homme d'une part et que les herbacées y étaient abondantes d'autre part (Burney, 1997). Burney pointe enfin les nombreux changements climatiques qui auraient eu lieu avant l'arrivée humaine, favorisant une végétation hétérogène.

De plus, des données paléontologiques montrent qu'une partie des Mammifères éteints de Madagascar aurait été mieux adaptée à la vie en milieu ouvert (Klein 2002).

Ces différents arguments montrent que le discours alarmiste, ancré dans toutes les mémoires, d'une forêt recouvrant l'ensemble des Hautes Terres n'est pas totalement confirmé. Dans tous les cas, au vue des photographies satellitalles, la forêt ne recouvrait peut-être pas l'ensemble des Hautes Terres, mais sa superficie a bel et bien diminué depuis l'époque coloniale, comme le montre la Figure 1.

L' hypothèse la plus probable concernant l'évolution du couvert végétal ne serait donc pas purement liée au facteur humain, comme le prônent Perrier de la Bâthie (1921, 1936), Humbert (1927, 1949) et Gade (1996), mais plutôt à une combinaison de facteurs biotiques et abiotiques. La présence humaine n'aurait fait qu'accentuer l'effet d'autres facteurs comme la réponse naturelle au changement climatique dans un « écosystème prédisposé et sensible aux changements de climat et aux perturbations » (Klein, 2002).

Les Hautes Terres étaient probablement, à l'origine, constituées d'une vaste prairie fréquemment interrompue par des formations arbustives et des lambeaux de forêt qui, de plus en plus contiguë en allant vers l'Est, viennent à former une forêt continue. Des changements climatiques auraient entraîné le recul naturel des formations boisées ; phénomène qui aurait été accéléré par les défrichements et l'utilisation du feu par l'homme.

I.3. La Forêt

À l'Est de cette grande savane, se trouve le reste de forêt dense humide formant un long corridor. Cette forêt fait partie de la forêt dense sclérophylle de moyenne altitude de l'Est malgache. Elle est caractérisée entre autre par la série à Weinmannia sp. (Cunoniaceae) et à Tambourissa sp. (Monimiaceae). On y trouve des arbres de petite taille ne dépassant pas 15 m de haut, aux troncs fins et tortueux. Le feuillage est sempervirent, le plus souvent réduit et recouvert d'une couche cireuse. La canopée est claire avec des cimes peu jointives laissant passer une quantité non négligeable de lumière jusqu'au sol. Le sous-bois est de ce fait assez développé et se compose de nombreuses espèces (Koechlin et al, 1974). La strate arborée est dominée par la famille des Sarcolanaceae (famille endémique de Madagascar). Les arbustes et herbacées présentent un fasciès éricoïde ou sclérophylle de la même façon que la futaie (Koechlin et al, 1974).

Le caractère sempervirent du feuillage est la conséquence d'une humidité importante tout au long de l'année qui ne nécessite pas de changement de feuillage, tel qu'observé aux plus basses altitudes au dessous de 800 m.

La sclérophyllie des feuilles s'explique par la durée de la saison sèche et les grandes variations de températures que l'on peut observer dans cette région. La formation d'une cuticule épaisse limite ainsi l'évapotranspiration due aux radiations solaires engendrées par la canopée claire et limite l'action du froid. On la retrouve chez de nombreuses espèces (Uapaca bojeri, Asteropeia densiflora, A. micraster, Protorhus buxifolia etc. et chez toutes les Sarcolanaceae). On peut également remarquer la présence de poils sur la face inférieure des feuilles en réaction aux variations thermiques brutales durant l'hiver (Vitex lanigera, Verbenaceae ; Vernonia poisonii, Asteraceae ; Weinmannia lucens, Cunoniaceae)

Le caractère héliophile est assez répandu du fait de l'ouverture de la canopée et de la petite taille des arbres.

D'autre part, une des caractéristiques de cette forêt est la rareté de certains types biologiques (Koechlin et al., 1974). Selon Koechlin et al. (1974), les plantes épiphytes, bien que présentant des effectifs importants, présentent une richesse spécifique assez faible, de l'ordre d'une dizaine, appartenant principalement aux genres Angraecum et Bulbophyllum (Orchidaceae).

Les herbacées de sous-bois sont des géophytes, hémicryptophytes et chaméphytes, les thérophytes étant très rares.

Les plantes parasites ne sont représentées que par quelques Lauranthaceae (Bakerella sp.) et Lauraceae (Cassyta filiformis)

Les lianes sont peu représentées par rapport aux forêts orientales ou occidentales. Elles sont de faibles dimensions (Dioscorea sp., Ceropegia sp., Cynanchum sp.).

D'autre part, cette forêt présente une grande hétérogénéité au plan structural. En effet, ayant parcouru d'assez longues distances, nous avons constaté que l'on pouvait passer d'une forêt à canopée basse et claire, avec de petits arbres au tronc tortueux comme le décrit Koechlin (1974) à un écosystème composé d'arbres beaucoup plus grands avec des cimes jointives et une grande diversité architecturale; ou encore à une forêt composée d'une très forte densité d'arbres au tronc très fin (pas plus 20 cm de diamètre) et droit. Sachant que la structure de la végétation influe fortement sur les peuplements d'oiseaux, nous en tiendrons compte dans nos analyses.

I.4. Importance du corridor

Madagascar connaîtrait actuellement une accélération de la déforestation (Goodman et Benstead, 2003). D'après Madhow et al. (1994) la forêt ancienne ne recouvrirait plus que 9 à 10 millions d'hectares, et les forêts et bois qui représentaient 14 à 16 millions d'hectares en 1950 ne recouvrent à présent que 12 millions d'hectares (Guichon 1960, FAO/UNEP, 1981). De plus, les terres de plaines étant occupées par des cultures commerciales, certaines opportunités économiques (comme la filière maïs) et une pression démographique accentuée localement par des migrations, poussent actuellement les ruraux vers les derniers espaces encore indemnes que sont les forêts anciennes, tant sèches (Ouest) qu'humides (Est) (Moizo, 2002). Cependant, comme le montre Moreau (2002), la réalité de l'étendue de la déforestation reste mal connue du fait des publications anciennes de Perrier de la Bathie et de Humbert dont la caractérisation du milieu est assez vague : Perrier de la Bathie, par exemple, parlait de "végétation d'allure sylvestre".

Toujours est-il, que sur les Hautes Terres, les îlots ou bosquets forestiers sont assez rares, et il ne subsiste que quelques rares lambeaux de forêt dense et de nombreux arbres isolés et le corridor de Fianarantsoa reste une des seules forêts naturelles encore continue des Hautes Terres. Du fait de sa taille, son climat, et de son ancien détachement du continent africain, Madagascar connaît une concentration exceptionnelle d'espèces endémiques (Langrand, 1995). La situation actuelle de réduction de la surface forestière originelle et le fort taux d'endémisme place Madagascar au premier rang mondial en matière de conservation de la biodiversité (Myers et al., 2000). De plus, sachant qu'environ 80% de la faune malgache serait à l'origine inféodée au milieu forestier, ce corridor présente un intérêt majeur pour sa conservation. En effet, Turner (1996) montre que beaucoup d'espèces strictement forestières sont fortement affectées par la perte et la dégradation de leurs habitats. Dans certain cas, on observe des extinctions locales d'espèces lorsque l'habitat d'origine devient trop petit ou trop dégradé (Turner, 1996; Langrand et Wilmé, 2000).

Le corridor de Fianarantsoa relie les Parc Nationaux de Ranomafana et de l'Andringitra, ainsi que la réserve spéciale d'Ivohibe au sud (cf Figure 2). Ces trois aires protégées recèlent une biodiversité et un taux d'endémisme exceptionnel. Par exemple, concernant l'animal emblématique de Madagascar, le lémurien, 12 espèces sont présentes à Ranomafana dont 5 sont menacées voire gravement menacées d'extinction par l'IUCN (Williams, 2001). Le Parc National de l'Andrigitra quant à lui, possède 48 espèces de mammifères non volants dont 90 % sont endémiques de Madagascar. Les écologistes ainsi que les conservationnistes s'accordent à dire que la protection du corridor est au moins aussi importante que celle des parcs (Goodman et Razafindratsita, 2001, Rasolonandrasana et Goodman, 2000).

En effet, si la biodiversité de ces aires protégées est élevée, de récentes recherches en biologie de la conservation et en écologie du paysage ont montré que les corridors jouaient un rôle écologique crucial dans le maintien de la diversité des blocs qu'ils relient. Par analogie avec la théorie des îles de Mac Arthur et Wilson (1967), plus une surface sera grande, plus le nombre d'espèces pouvant cohabiter sera élevé. Cette théorie est notamment vérifiée pour les oiseaux dans la forêt d'Ambohitantely au centre des Hautes Terres (Langrand et Wilmé, 2000).

D'autre part, Foreman, en 1995, montre que certains animaux strictement forestiers ont besoin d'un grand territoire pour la dispersion de la population et que le mélange d'individus de populations différentes permet le brassage génétique, réduit le taux de consanguinité et permet ainsi la longévité de la population ainsi que son adaptation aux changements. La connexion réduit ainsi les chances de dérive génétique et la formation de métapopulations dont la survie à long terme est aléatoire.

Cependant, pour que le couloir ait un véritable rôle dans le maintien de flux entre les deux parcs, il est nécessaire que la distribution des espèces entre ces derniers soit un minimum homogène. Or, les travaux de nombreux chercheurs sur le corridor de Fianarantsoa ont montré qu'un grand nombre de groupes étaient communs (Goodman et Razafindratsita, 2000).

De plus, si actuellement il existe une controverse au sujet des corridors (Langrand et Wilmé, 2000) qui, s'ils permettent le flux de la faune et de la flore, permettent aussi le passage des parasites étrangers, et qui peuvent aussi favoriser la dispersion d'espèces exotiques et néfastes ; cela concerne seulement les corridors artificiels, créés par l'homme grâce par exemple au reboisement. De ce fait, l'intérêt de ce corridor est encore plus important car il est naturel. En effet, dans ce cas, il ne s'agit pas de recréer un lien entre deux taches de forêt isolée, mais de maintenir cette connexion, afin d'éviter de la reconstruire plus tard comme c'est le projet pour la forêt d'Ambohitantely (Ratsirarson et Goodman, 2000). Les animaux ne peuvent pas craindre de nouvelles maladies puisqu'ils sont perpétuellement en contact les uns avec les autres, et les espèces invasives auraient moins de chance de s'introduire dans un écosystème mature et proche de l'équilibre.

Ce corridor présente donc, en de nombreux points, un intérêt majeur pour la conservation et la gestion à long terme de la diversité des deux parcs Nationaux de Ranomafana, d'Andringitra et d'Ivohibe au Sud.

I.5. La Faune

La faune qui compose la forêt tropicale humide de l'est malgache est très diversifiée. On trouve par exemple plus de 14 espèces de lémuriens, dont 12 vivent au Nord d'Ambendrana (notre site d'étude) dans le Parc National de Ranomafana. Parmi ces 12 espèces, 2 font partie des espèces les plus rares : Hapalemur aureus et H. simus (Lemuridae). On peut y rencontrer plus de 6 espèces de carnivores dont le célèbre fosa : Fossa fossana (Viverridae), 11 espèces d'insectivores dont le tenrec : Tenrec ecaudatus, Hemicentetes nigriceps, et Setifer setosus (Tenrecidae); 8 espèces de chiroptères, et 6 espèces de rongeurs.

On trouve 114 espèces d'oiseaux sur les 283 espèces que compte l'île, et dont les 5 familles endémiques sont représentées. On peut aussi y rencontrer des espèces rares et menacées (Langrand, 1995; Avibase2) comme Philépitte souimanga la Mesite unicolore, Mesitornis unicolor (Opisthocomidae); le Brachyptérolle écaillé, Brachypteracias squamiger (Brachypteraciidae); le Philépitte souimanga Neodrepanis hypoxanthus (Philepittidae), et la Vanga de pollen, Xenopirostris polleni (Vangidae).

Plus de 36 espèces de reptiles vivent dans le corridor, dont 10 espèces de lézards, 12 espèces de caméléons et 14 espèces de serpents.

Les Amphibiens comptent plus de 41 espèces dont la fameuse grenouille multicolore braconnée pour les marchés occidentaux : Mantella baroni et M. madagasariensis (Ranidae). Sans oublier les plus petits, insectes, araignées et crustacés y sont aussi très nombreux avec pas moins de 350 espèces d'arachnides de toutes formes et 6 espèces de crustacés qui sont toutes endémiques. Seules 74 espèces d'insectes sont identifiées mais il est possible qu'entre 30 à 90 % des espèces collectées dans cette forêt se révèlent être inconnues et 95 % seraient endémiques de Madagascar.

Note 2 : http://www.bsc-eoc.org/avibase/avibase.jsp?lang=FR&pg=checklist&region=AFI

I.6. Ambendrana : Une zone d'étude marginale des Hautes Terres, au carrefour entre la zone centrale et la frange côtière de l'Est

photo de la localisation de la zone d'étude

Les restes de cette forêt originelle constituent un corridor de plus de 150 km de long reliant le parc National de Ranomafana (au Nord de Fianarantsoa), et le parc National de l'Andringitra et le pic d'Ivohibe (au Sud d'Ambalavao). La zone que nous avons étudiée se trouve à la lisière, au nord de ce corridor, au Sud du parc National de Ranomafana dans la région d'Ambendrana, Fokontany Iambara, commune d'Androy (Figure 2).

I.6.1. Climat

La Forêt de l'Est des Hautes Terres a été qualifiée par Perrier de la Bâthie (1921) par « bois des pentes occidentales ». Le climat qu'on y trouve est intermédiaire entre les régions orientales et occidentales car la topographie de l'île, avec un relief très escarpé à l'Est et un dénivelé doux à l'ouest, protège cette zone de l'influence directe des alizés de l'Est (Figure 3).

Comme le décrit Humbert (1935), les courants aériens venant de l'Est, au contact des hauts plateaux, perdent leur humidité et descendent ensuite vers l'Ouest créant ainsi un véritable "effet de Foehn ". Le climat y est donc plus tempéré, plus sec et plus lumineux. Le changement de climat s'opère légèrement en dessous de la ligne de crête, sur le versant occidental, par suite d'un phénomène tourbillonnaire décrit par Humbert en 1935 (Koechlin et al, 1974).

photo : coupe de madagascar

D'après les données pluviométriques de Ségalen (1951) pour la ville de Sahambavy (située à environ 10 km d' Ambendrana), la pluviosité moyenne annuelle est de 1567 mm. Sur cette quantité, 1238 mm tombent en saison chaude et seulement 329 mm en saison fraîche. Cependant, le nombre de jours de pluie reste assez élevé, même durant d'hiver austral, dû à une bruine très fréquente (obs. pers., GEREM-Fianarantsoa, données non publiées).

En ce qui concerne les températures, seules celles de Fianarantsoa sont disponibles, elles sont de 24°C en moyenne en ce qui concerne les maximales et de 13°C pour les minimales. Les températures d'Ambendrana sont probablement plus fraîches du fait de la proximité de la forêt. De même, les précipitations y sont probablement plus importantes en raison du microclimat et de l'humidité engendrée par la proximité du corridor.

Comme nous venons de le voir, les températures sont en moyennes peu élevées. Elles peuvent être très faibles durant la saison froide et descendre au dessous de 5°C. Lors de notre séjour, la température est descendue jusqu'à 9°C au mois d'Avril, qui n' est pas le mois le plus froid.

La végétation et les animaux ont donc dû s'adapter à ces conditions que l'on peut qualifier d'extrêmes pour un pays tropical.

I.6.2. Pédologie

Les sols de la région du corridor de Fianarantsoa sont, comme la plupart des sols tropicaux, pauvres en nutriments (Lal, 1989). La majorité de la matière organique provient de la couverture végétale qui le recouvre grâce au turn-over de recyclage des débris végétaux. Un sol dénudé perdra donc rapidement de sa fertilité car sa seule source de nutriments aura disparu. La régénération du couvert forestier est donc primordiale pour entretenir la fertilité du sol. Les paysans tropicaux ont bien compris ce système et pratiquent ce que l'on appelle l'agriculture sur brûlis (Rossi, 1999). À Madagascar, cette pratique, appelée tavy, est la plus souvent utilisée par les cultivateurs pour fertiliser le sol, le taux de pauvreté étant très élevé, et le coût des intrants étant prohibitif (Photo n°2 b.).

Photo parcelle de Tavy au milieu de la forêt

Sur le plan géologique et pédologique, seuls quelques travaux sont disponibles sur cette zone, dont ceux de Ségalen (1951) et de Roederer et Bourgeat (1969). Ségalen a mené des recherches dans la région d'Ampahamerana, à 35 km à l'est de Fianarantsoa. Notre zone d' étude se trouve dans cette région et nous assimilerons donc ces données pour notre zone d'étude car les données récoltées sur le terrain par les chercheurs du programme GEREM ne sont pas encore disponibles.

Aux abords de la lisière du corridor, comme sur l'ensemble des Hautes Terres, le relief est assez accidenté. On y observe une succession de collines aux pentes assez fortes, séparées par des bas fonds inondables, le plus souvent transformés en rizières.

Selon Ségalen (1951), cette localité appartient au socle ancien de Madagascar, et les principales roches mères rencontrées sont des gneiss et orthogneiss calco-alcalins.

D'après les données de ce même auteur et d'après la carte pédologique de Roederer et Bourgeat (1969), le sol le plus répandu est un sol latéritique jaune.
On trouve également (Ségalen, 1951) des :

- Sols sableux lessivés ;

- Sols de bas-fonds.

  • Sols latéritiques jaunes (Ségalen, 1951)
    Ce type de sol occupe toutes les collines. Les différents horizons sont tous représentés lorsque la végétation naturelle a persisté, c'est-à-dire lorsque l'érosion n'a pas ou peu agi. L'étude morphologique révèle l'existence de quatre horizons distincts :
    • L'horizon humifère variable selon le type de végétation qui le recouvre :
      • - Sous forêt mature ou jachère ;
      • - Sous prairie ou sous eucalyptus.
    • L'horizon jaune de couleur jaune clair à brun-jaunâtre, d'épaisseur comprise entre 20 et 50 cm. La structure est assez compacte et la granulométrie est sablo-argileuse.

    La transition avec l'horizon suivant peut se faire de manière très nette, et on obtient alors une couche de couleur rouge sombre ; ou de manière dégradée entre le jaune et le rouge.

    Le pH est acide avec des valeurs comprises entre 5 et 5,5. Il augmente avec la profondeur. La teneur en sable, quant à elle, varie de 45 à 60 %, le limon est représenté entre 10 et 15 % et l'argile entre 25 et 30 %. En ce qui concerne, la matière organique, elle varie selon le type de végétation : 6-9 % sous forêt et jachère ; 3 % sous prairie ou sous eucalyptus ; sous pin, avec l'important tapis d'aiguille, on obtient 10 %. L' humus est relativement abondant sous couvert boisé et moins sous prairie, et le rapport C/N est variable allant de 10 à 13. Enfin, les bases échangeables sont globalement faibles. La capacité d'échange est assez élevée dans les horizons de surfaces, allant de 10 à 25 mq/100g due aux fortes teneurs en matières organiques.

  • Sols sableux lessivés (Ségalen, 1951)

    Ils n' occupent que les sites situés sur des points élevés, au sommet des collines. Ce sol est propice aux plantations de pins, sinon, la végétation caractéristique est généralement de la bruyère.

    On y distingue deux horizons :

    - Un horizon humifère de 25 cm, gris noirâtre où les racines sont nombreuses et disposées horizontalement ;

    - Un horizon blanc constitué de sables quartzeux, épais de 1 à 3 mètres.

  • Sols de bas fond (Ségalen, 1951)

    Ces sols sont constitués d'un horizon humifère de 10 cm d'épaisseur puis d'un horizon brun clair, grisâtre. C'est dans ce type de sol que les rizières sont aménagées par les paysans grâce à un ingénieux système de canaux permettant l'irrigation.

I.6.3. La végétation : hétérogénéité et composition floristique

Ambendrana est un village qui se trouve à la lisière du corridor forestier reliant le parc National de Ranomafana et celui de l'Andringitra. On y trouve donc une végétation forestière appartenant à la forêt sclérophylle de moyenne altitude de l'Est malgache, de la forêt secondaire issue de recrûs forestiers mis en jachère kapoaka, des champs cultivés tanimboly, et des savanes herbeuses tomboho comme celles qui recouvrent la majeure partie des Hautes Terres. Le paysage y est donc très hétérogène avec une mosaïque de milieux ouverts et fermés (Photo 3). Au premier plan de cette photo, nous pouvons voir un écosystème forestier, au second plan un ensemble de champs avec au sommet de la colline un bosquet qui représente un village abandonné ; au troisième plan, on peut distinguer la savane herbeuse avec quelques arbres épars.

La forêt du corridor (voir chapitre 1.3.)

photo d'un terroir villageois

Les recrûs forestiers

Le recrû forestier après mise en jachère est appelé kapoaka en langue Betsileo. D'après les travaux effectués par le programme GEREM (données non publiées), les kapoaka sont caractérisées par une faible diversité intraparcellaire mais une grande diversité interparcellaire. Il est difficile de caractériser ces écosystèmes du fait de la grande variabilité de leurs compositions en fonction de l'âge du recrû, du nombre et de la durée des cycles de jachère, des conditions édaphiques, etc. Cependant,ces recrûs sont le plus souvent de type arbustif. Les espèces les plus fréquemment observées sont : Trema orientalis L. (Ulmaceae), Solanum auriculatum Aiton (Solanaceae), Psiadia sp. (Asteraceae), Dodonea viscosa Jacquin (Sapindaceae) et Harongana madagascariensis Lam. Ex Poir. (Clusiaceae).

Si le sol n'a pas été trop épuisé, et que la parcelle est mise en jachère depuis plus de 10 ans, on peut atteindre un stade arboré composé d'espèces de forêt dont Weinmannia rutembergii Engler et Weinmannia bojeriana Tulasne (Cunoniaceae). La diversité reste cependant assez faible. Cette diversité d'écosystèmes participe donc à entretenir une diversité à l'échelle du paysage, aussi bien spécifique, écosystémique que structurale qui permet ainsi l'existence d'un grand nombre de niches écologiques qui peuvent favoriser la dispersion d'espèces ligneuses zoochores et ainsi entretenir un paysage boisé et diversifié.

La savane

Ce type de formation végétale tomboho se trouve essentiellement au sommet des collines, et sert de pâturage pour les zébus.

Comme nous l'avons vu plus haut, les savanes herbeuses sont pauvres en espèces. On y trouve essentiellement des Poaceae comme Sporoborus subulatus L., Imperata cylindrica L. Rausch., Eulalia villosa, Stenotaphrum oostachyum Baker, Axonopus compressus, Paspalum conjugatum, des Asteraceae comme Ageratum conisoides L., Stenocline inuloïdes D.C. Helychrisum sp., des légumineuses, Desmodium sp., et des Cyperaceae telles que Fimbristylis sp.

Ces formations sont fréquemment entretenues par le passage du feu. Le but des éleveurs étant de favoriser la repousse de l'herbe en pleine saison sèche et donc de fournir une herbe de qualité à leurs bêtes (Ranaivoarivelo N. et Rasambainarivo H.).


image de séparation
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